La Fin de la Neutralité du Net n’est pas une Surprise

La Fin de la Neutralité du Net n’est pas une Surprise

Cet article est également disponible en: Anglais

Récemment la neutralité du net aux États-Unis pourrait avoir finalement rencontré un mur
avec la décision de la Cour d’appel fédérale de Washington d’abolir la capacité de la Federal Communications Commission (FCC) à faire respecter les règles antidiscriminatoires et d’antiblocage aux FAI. Le réseau a légitimement exprimé sa crainte et son anxiété sur le fait que les FAI ne manqueront pas d’exploiter cette opportunité d’augmenter leurs profits en limitant la vitesse des sites internets qui ne paient pas, réduisant même l’activité des torrents pour arrêter quelques piratages.

Cependant, ce résultat n’était pas une surprise et peu ont été choqués. En dépit d’importants mouvements publics pour garder un internet libre et ouvert, l’opposition conjointe des lobbies et du gouvernement a pu laisser la population lasse, cynique et épuisée. Cela a pu être remarqué avec les mouvements de masse pour arrêter SOPA, certains éléments ayant été intégrés dans les négociations secrètes autour du TPP, contre lesquelles il y a eu relativement peu de réaction.

Nous sommes dans une impasse, tiraillés dans le choix entre tuer la neutralité du net, autorisant ainsi les FAI à modérer les accès, ou permettre à un gouvernement de disposer selon son bon vouloir d’un pouvoir de régulation sans entraves, qui pourra plus tard être utilisé contre un internet libre et ouvert.

Alors que perdre la neutralité du net et permettre aux FAI  de profiter de la possibilité d’influencer à leur guise le débit est indéniabement une mauvaise option pour le consommateur, certains  préviennent que le troisième acteur, dans le cas présent, la  Commission  fédérale des communications (FCC), doit être considéré avec  précautions  et de manière méticuleuse. Selon cette interprétation,  alors que la FCC pourrait perdre la capacité de faire respecter la  neutralité du net, elle recevrait d’autres pouvoirs qui permettrait  d’éviter une décision de justice. Selon l’avertissement de l’EFF (Electronic Frontier Foundation), la police du net par la FCC est évidement nécessaire et positive. Cependant, la mise en place d’une telle modération par ces pouvoirs gouvernementaux pourrait, dans le futur, être utilisée pour imposer une censure, comme celle qui existe déjà en Grande Bretagne.

Pourquoi craindre un « Cheval de Troie » de l’agence qui combattait aussi pour la neutralité du net?
La réponse vient du rapport actuel entre le gouvernement, les entreprises et les consommateurs. L’un des rôles du gouvernement est de réguler les rapport de force pour que les entreprises ne puissent pas profiter des clients (comme les monopoles, la pollution des eaux ou limiter les informations de manière assymétrique pour leur profit, dans notre cas). Ce rôle a trouvé son apogée lors de la grande dépression quand le public a réalisé que ce qui est bon pour JP Morgan ne l’est pas nécessairement pour la société. Ceci dit, ce rôle et cette situation commença à changer autour des années 80 quand nous sommes passés à une économie « de l’offre et de la demande », ce qui signifiait que le rôle du gouvernement serait de supporter les entreprises (offre) plutôt que la demande.

C’est cette connivence qui tend vers la création d’un monopole entre les « gagnants » de la décision de justice de la semaine dernière : les FAI et l’industrie du droit d’auteur. Pour quelle raison tout les “blockbusters” sont produits par les mêmes 6 multinationales nord -américaines ou pourquoi tant de personnes n’ont le choix qu’entre Comcast ou ATT comme fournisseurs d’accès? Ce fait est dû à cette économie de l’offre et de la demande. Par le passé, ces industries auraient été visées par des mesures anti-trust. Cependant, dans les économies internationalisées actuelles, Washington a besoin que ces entreprises soient rentables et compétitives. Du fait que ces dernières et les élites politiques soient tant liés ensemble, il était quasiment inévitable que le résultat ne soit pas contre la neutralité du net. Cette connivence entraine une nationalisation des pertes et une privatisation des profits qui reviennent à l’industrie et aux actionnaires.
Et après tout, ce qui est bon pour la MPAA (La Motion Picture Association of America) est bon pour l’Amérique.

Après trois décennies de gouvernement favorable aux entreprises plutôt qu’aux consommateurs, il n’est pas choquant pour beaucoup qu’une telle décision sur la liberté du net se produise.  Il ne devrait pas être choquant qu’accroitre le pouvoir de la FCC ne devrait être fait qu’avec  précaution et sous une surveillance étroite. Coincé entre l’enclume  (les entreprises) et le marteau (un gouvernement pro-entreprises), ce  n’était qu’une question de temps avant que les choses s’aggravent. La majorité des américains (plus âgés) n’appréhendent pas pleinement de l’information alternative. Ils ont grandi à une époque où la radio et la télévision était déjà centralisées. C’est la jeune génération qui comprend mieux combien une information indépendante et décentralisée  peut être avantageuse. Comme l’argent et le pouvoir sont de facto  contre nous, nous devons combattre notre cynisme inhérent et toujours se  retrouver choqués et révoltés par de tels agissements en dépit de leur prédictabilité.

Image sélectionnée: CC-BY-NC-SA, Steve Rhodes

Michael Wartenbe

About Michael Wartenbe

I am a Florida native and member of the Florida Pirate Party. I currently live in Miami where I am working on a PhD in international Relations. I became interested in the Pirate Party when simply studying politics was not enough and because the movement focuses on a sometimes confusing and often forgotten side of our current economic environment--Intellectual Property, which is sure to become an exponentially important topic for the future of our societies.

All content is CC-BY if not mentioned otherwise. Please link back to us if using content.