Mais que se passe-t’il chez nos amis Pirates allemands ?

Mais que se passe-t’il chez nos amis Pirates allemands ?

Après l’ascension fulgurante du Parti Pirate en Allemagne entre 2009 et 2013, le parti semble maintenant en déclin, et passe de crise en crise. La dernière en date est intitulée « bombergate » : deux jeunes femmes ont pris part à une manifestation anti-néonazie. Leurs visages étaient masqués et elles étaient topless, dans le style des femens. L’une d’entre elles avait inscrit sur son corps : « merci Bomber Harris ».

Bombergate

L’une d’entre elle s’est fait connaître dans la presse en tant qu’Anne Helm. Elle était en 5ème position sur la liste du Parti Pirate allemand aux dernières élections européennes.

Anne Helm

Anne Helm
CC-BY @bartjez

L’équivalent de la coordination nationale allemande, a décidé de soutenir Anne dans son action,provoquant l’indination de nombreux membres du Parti. Plusieurs sections locales ont fait des déclarations à l’encontre de la position de la coordination. De nombreuses démissions s’en sont suivies, et différentes actions ont eu lieu, y compris des grèves internes… Cela a conduit à la démission de la moitié des membres de la coordination nationale. En conséquence, une direction transitoire a été mise en place en attendant une assemblée générale spéciale qui aura lieu du 27 au 29 juin.

Le contexte allemand :

Antifaschist logo with toilet brushes

Parodie de logo antifasciste
CC-BY tavin

Le « Bombergate » n’est pas la seule cause de ce désordre. Lors de l’assemblée générale de 2013, il y a eu le Fahnengate, un drapeau antisfasciste décorait la salle. Il y avait aussi eu l’affaire de « Rote Flora » à Hambourg, où le parti avait soutenu des anarchistes qui squattaient un bâtiment, et qui avaient combattus les forces de l’ordre. Un autre incident s’était produit lorsqu’une activiste pirate imitant le style femen, avait lancé un faux cocktail molotof sur l’ambassade de Russie. Ces actions ont conduit à un sentiment de malaise général chez les pirates à tendance néo-libérales. Il se sont sentis débordés par l’aile gauche à l’intérieur du Parti.

 

 

Une autre chose qu’il faut avoir en tête pour comprendre la situation,

Bomber Harris

Bomber Harris
CC Wikimedia

est de savoir qui est Bomber Harris. Pendant la seconde Guerre modiale, Arthur Harris était responsable du bombardement en masse des villes afin de faire un maximum de victimes. Beaucoup le considèrent comme un criminel de guerre. À Hambourg, 42 600 personnes ont perdu la vie, et 25 000 à Dresde. Dresde, la même ville ou l’incident avec Anne Helm s’est produit… Les allemands d’aujourd’hui ont des sentiments ambigus à l’égard de la guerre, avec une culpabilité héritée des atrocités nazies, et de la colère pour les représailles à l’encontre de leurs parents et leurs grand-parents.

Flirter avec l’ère nazie est une source de danger pour toute personnalité politique. Il est illégal de promouvoir l’idéologie nazie, et les allemands sont toujours très sensibles sur ce sujet.
Dans un récent passé déjà, un officiel du Parti Pirate allemand, qui avait comparé l’ascension du Parti Pirate avec celle des nationals socialistes, avait été fortement critiqué. Le « bombergate » qui était au départ une action rebelle, se retourne au final contre le Parti Pirate.

L’ancien dirigeant fédéral Sebastian Nerz  a décrit le Parti comme social-libéral. Ceci combine assez bien le courant humaniste et la tendance communautaire de l’aile gauche du Parti, et l’individualisme libertarien de l’aile droite. Le Parti, qui affiche ainsi différentes opinions, a une image neutre aux électeurs. Les récents évènements inquiète l’aile droite qui craint un virage à gauche.

Sebastian Nerz sitting on stairs

Sebastian Nerz
CC-BY Tobias M. Eckrich

Tensions

Durant sa rapide croissance, le Parti a attiré des gens de toutes parts de l’échiquier politique. La plupart d’entre eux pensaient que l’internet était influencé par les partis classiques et les lobbys. Par exemple, les anarchistes et les néo-libéraux voulaient moins d’interférence dans la vie privée, mais avec des vues du monde très différentes. Le résultat est une tension interne continuelle. En général, c’est plutôt une bonne chose, les débats sont riches avec des arguments raisonnés et un respect mutuel. Ainsi naissent de belles idées, bien pensées, et innovantes. Le danger est qu’à tout moment, des gens puissent réveiller de vieilles divisions et lancent des attaques internes. Dans une atmosphère où le trolling est considéré comme une forme légitime d’expression, et où le lynchage public est ignoré, la résolution des différences est difficile.

Un déficit démocratique ?

Dans la structure d’un parti, l’idéal est d’échanger, d’arriver à un consensus sur les politiques et les manifestes, et de diffuser ce résultat. L’obtention d’un consensus peut se révéler possible lors des réunions, mais à un niveau plus important, c’est plus difficile. Pour voter sur des politiques fédérales et des décisions officielles, il faut attendre les assemblées générales. Ceci est plus difficile pour certains membres du parti car les coûts de trajets augmentent selon les distances. Il existe donc une « sélection naturelle » selon les possibilités de chacun en fonction de son travail et de sa famille.

Liquidfeedback a été implémenté pour fonctionner au niveau national, aussi bien qu’en local. Cependant cela ne marche pas au niveau national. L’an dernier, une tentative pour instituer une assemblée générale permanente online a échoué, laissant le pouvoir aux seules assemblées générales physiques.

Il semble donc qu’un déficit de démocratie existe au Parti Pirate, ce qui peut paraitre étrange dans un parti qui souhaite accroître la participation citoyenne. Cela amène aussi une grande frustration qui reste sans voix. Le résultat politicien à l’intérieur du parti, est que tous les tous les moyens sont bons, y compris le trolling, et les attaques personnelles vicieuses très graves. Certains sont orchestrés par des trolls, des infiltrés d’autres partis qui sont attirés par la politique Pirate. Néanmoins, il y a un problème structurel qui fait que le fonctionnement interne du parti amène à une auto-destruction.

D’un début Chaotique…

Durant la période de croissance du Parti, une politique innovante a été mise en place sous un leadership qui lui aussi se construisait. Ça a créé un parti qui n’était pas marqué idéologiquement mais qui possède une grande variété de philosophies. La direction l’a reflété au sein du parti, au public, et à la presse. Dans les assemblées générales suivantes, il y a eu une décision collective pour fixer un cap au Parti. Il y avait de bonnes raisons à cela : Les réunions les plus grandes n’ont pas abouti à autre chose car de plus en plus de voix souhaitaient se faire entendre.

À un présent Chaotique…

Maintenant le parti est à la croisée des chemins. Quelle route vont-ils prendre ? Ils devront voter pour une nouvelle direction, mais celle-ci devra guider le Parti à travers les débats, le respect mutuel, et une large compréhension. Seul le Parti lui-même peut mener les changements nécessaires à travers un processus ouvert et démocratique. Il sera peut-être utile d’étudier un code de conduite… Un code qui incluerait « ne pas emmener le Parti vers une déconsidération » en public, et « politesse et respect » dans les échanges entre membres.

 

Rick Falkvinge

Rick Falkvinge
CC-BY-SA Carl Johan Rehbinder

Notre « créateur » Rick Falkvinge a déclaré :

Dès maintenant mais aussi demain, la question du choix pour le Parti Pirate d’une voie politique classique pour la défense de la vie privée et des autres libertés fondamentales, ou pour la réforme des copyrights et autres monopoles, restera posée. La réponse est simple : l’activisme n’est pas suffisant.

Nous sommes un parti : un parti qui veut voir ses candidats élus, et un parti qui veut faire adopter ses idées par les autres.

  • Nous ne faisons rien d’illégal, mais apportons notre soutien à ceux qui pensent devoir le faire ;
  • Nous ne faisons aucune activité qui pourrait discréditer le nom de Pirate ;
  • Nous ne dévions pas des politiques et directions que nous avons décidés démocratiquement ;
  • Nous n’empêchons pas nos leaders élus de faire le job pour lequel ils ont été élus ;
  • WNous ne voulons pas d’une direction pyramidale comme dans la plupart des partis.

Nous sommes un mouvement international et nous avons tous la responsabilité de et pour chacun d’entre nous.

Comment en être sûr ?

Nous aborderons cette question dans une série d’articles qui étudieront l’argumentation de nos positions, et l’acceptation de la position des autres.

 

Cet éditorial est une opinion à propos d’une situation complexe. Je suis de l’aile gauche du Parti, et malgré ma volonté d’être objectif, un certain subjectivisme est impossible à éviter. Quelques points peuvent être interprétés différemment de la façon dont je les ai transcrits.

Featured image: CC BY-NC-SA Sonia Stark

Traduction : Larose75, relecture : Florian Farge

Andrew Reitemeyer

About Andrew Reitemeyer

I joined the Pirate Party of Lower Saxony in Germany in April 2012, once I found out that non citizens were welcome to join and become active members of the Party. I joined the Pirate Times soon after it was started as a proof reader and am now an editor and author. Since then I have returned to my native New Zealand and joined the Pirate Party of New Zealand. Politically I come from the libertarian left and have, up to now, not regarded any political party as having a solution for the democratic deficit that envelops the world. With the advent of the Pirate Party, which truly embraces grass roots democracy, I have found a political home. The Pirate Times is a way I can contribute to furthering the Pirate Movement around the world. Skype: frithogar

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